Vaccin RRO et autisme : l’ambigüité doit cesser

Article publié dans le L'Écho de Laval en septembre 2011.

Le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO) est-il à l’origine de la hausse des cas d’autisme ? Pas du tout. C’est ce que confirment les études réalisées aux États-Unis, au Danemark, en Finlande, au Royaume-Uni, en Suède, au Japon et au Québec auprès de centaines de milliers d’enfants.

Ces études de très grande envergure ont été menées pour vérifier la reproductibilité d’une étude qu’on sait aujourd’hui falsifiée, publiée dans la revue scientifique The Lancet en 1998. Dirigée par le Dr Andrew Wakefield et effectuée sur uniquement 12 sujets, cette étude suggérait l’existence d’un lien entre le vaccin RRO et l’autisme. Des enquêtes ont par la suite prouvé que cinq (5) des douze enfants de l’étude démontraient déjà des symptômes d’autisme avant de recevoir le vaccin et que trois (3) autres ont été faussement diagnostiqués autistes. Dix (10) des 13 co-auteurs de l’article se sont rétractés, la revue The Lancet a retiré l’article de ses archives et le Dr Wakefield a été accusé d’avoir sciemment faussé les données pour ses intérêts professionnels et financiers. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait…

Bien que la médecine ait rapidement ramené les pendules à l’heure dans cette affaire, on tente encore de réparer les pots cassés. À sa sortie dans les médias, l’hypothèse du Dr Wakefield a causé la panique auprès de nombreux parents qui ont cessé de faire vacciner leurs enfants. Résultat ? Dans plusieurs pays, le pourcentage d’enfants immunisés est passé en deçà du taux qui assure une protection publique (95 % des enfants doivent être immunisés, alors que la couverture vaccinale contre la rougeole est tombée jusqu’à aussi peu que 76 % en Irlande). De nombreuses éclosions de rougeole ont alors vu le jour, entraînant des complications et des décès qui auraient pu être évités. Encore aujourd’hui, des opposants à la vaccination font persister la croyance d’un lien entre le vaccin RRO et l’autisme, ralliant certains parents dans un mouvement anti-vaccination irrationnel et non fondé.

Deux raisons contribuent à renforcer et à renouveler la croyance populaire d’un lien entre la maladie et le vaccin. La première est que l’autisme est habituellement diagnostiqué entre 18 et 30 mois, âge avoisinant celui où le vaccin RRO est administré (entre 12 et 18 mois). Ce n’est qu’une association fortuite, car l’âge et l’occurrence du diagnostic sont identiques chez les enfants vaccinés et non vaccinés. La deuxième raison est que les 20 dernières années ont été marquées par une augmentation du nombre d’enfants ayant reçu le diagnostic d’autisme. Dans les faits, il n’y a pas plus d’enfants autistes qu’avant, seulement un meilleur diagnostic de la maladie. Certaines peurs sont également véhiculées quant à la possibilité de surcharger le système immunitaire des enfants à qui on administre plus d’un vaccin à la fois. Il s’agit d’une peur irraisonnable puisque les enfants peuvent réagir à plus de 10 000 antigènes différents à la fois (chaque vaccin contient entre un (1) et 69 antigènes).

Vaccination et peur se confrontent depuis bien avant cette controverse entourant le vaccin RRO. Déjà lorsque le premier vaccin a été inventé (vaccin contre la variole), en 1796, des caricaturistes ont publié des images faisant croire que ce vaccin, puisqu’il provenait en partie de la vache, allait faire pousser des cornes de bœuf aux gens qui le recevaient. Avec les médias de masse de notre ère, certains experts autoproclamés véhiculent de la désinformation médicale qui, puisqu’elle jouit d’une grande visibilité, apparaît valable aux yeux de la population. Ne faites confiance qu’à ceux qui appuient leurs dires de références et demandez à consulter vous-mêmes ces références. Pourquoi ne pas commencer en vérifiant les références de cet article ainsi que leurs bibliographies ?

http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/piq/chap12.pdf

http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/ArticleComplementaire.aspx?doc=vaccination_mmr_thimerosal_do

Par Julie Potvin-Barakatt