Le choléra en chiffres…

Article publié dans le L'Écho de Laval en avril 2011.

Le 19 octobre 2010, le choléra est débarqué en Haïti après plus de 100 ans d’absence au pays et, considérant les conditions sanitaires laissées par le récent séisme, tout indique qu’il y restera encore plusieurs années. Déchiffrons Vibrio cholerae, la bactérie causant le choléra.

Dix millions (10 000 000) de bactéries, c’est la quantité minimale de bactéries qu’il faut ingérer pour contracter la maladie du choléra. Même si ce nombre paraît imposant, quelques gorgées d’eau contaminée par des excréments de personnes malades ou de personnes porteuses suffisent pour rencontrer cette quantité de bactéries.

Vingt (20) litres d’eau. Une personne atteinte du choléra peut perdre jusqu’à ce volume d’eau en une journée. La bactérie Vibrio cholerae s’agrippe aux muqueuses de l’intestin où elle sécrète la toxine cholérique. Cette toxine stimule l’hypersécrétion d’eau par les cellules intestinales tout en inhibant l’absorption des électrolytes. Le patient souffre alors de diarrhées abondantes associées à des crampes au ventre et parfois à des vomissements et à de la fièvre.

Onze mille (11 000) morts sont prévus en Haïti pour l’ensemble de l’épidémie selon une étude menée par des spécialistes de l’Université de Californie à San Francisco et de l’école de santé publique de Harvard à Boston. Ces prévisions, publiées dans la revue The Lancet le 16 mars dernier, suggèrent également que près de 800 000 personnes en seront atteintes en 2011, soit le double des prédictions faites par les Nations Unies. Le taux de mortalité en absence de traitement est supérieur à 50 % et chute à moins de 1 % lorsque des traitements adéquats sont administrés entre 4 et 72 heures suivant l’infection.

Quatre-vingts pourcent (80 %) des cas de choléra peuvent être traités en utilisant seulement des sels de réhydratation oraux. La réhydratation intraveineuse est nécessaire pour les cas plus graves. Le recours aux antibiotiques est également à privilégier, car il permet d’accélérer la guérison et du coup, d’économiser les réserves en sels de réhydratation afin de traiter plus d’individus. De plus, le traitement aux antibiotiques diminue la période d’excrétion de la bactérie dans les excréments, ce qui réduit le nombre de personnes potentiellement infectées par la suite.

Trois (3) vaccins existent actuellement pour prévenir le choléra, tous trois étant faits de bactéries mortes. Dispendieux, ces vaccins n’immunisant que pour une courte durée sont généralement utilisés par les voyageurs. De plus, les doses disponibles à ce jour sont trop peu nombreuses pour immuniser toute la population haïtienne.

Une (1) lueur d’espoir. Un nouveau vaccin, composé de bactéries vivantes mais atténuées, est actuellement à l’étape des essais cliniques au Bangladesh. Ce dernier devrait conférer une longue immunité en plus d’être abordable. S’il s’avérait efficace et sécuritaire, il y a de fortes raisons de croire que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’en ferait des réserves pour les cas d’urgence. Quelques années seraient toutefois nécessaires avant de commercialiser le produit. Que ce vaccin prouve son efficacité ou non, il arriverait donc trop tard pour aider les Haïtiens à faire face à l’épidémie actuelle. Néanmoins, il pourrait contribuer à diminuer largement le nombre de personnes infectées, atteignant 5 millions de cas, et à diminuer la quantité de gens qui en meurent, fluctuant entre 100 000 et 130 000, chaque année.

Par Julie Potvin-Barakatt