Les microbes sous la couverture

Article publié dans le L'Écho de Laval en mars 2011.

Les ITSS, vous connaissez ? Anciennement appelées « maladies vénériennes » puis « maladies transmises sexuellement (MTS), les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) portent aujourd’hui ce nom car les personnes infectées ne présentent pas toujours de symptômes de maladie.

Parler d’une ITSS qu’on a eue est évidemment plus embarrassant que de raconter la fois où on a attrapé un gros rhume. En 2009, plus de 1 % des Québécois et Québécoises de 15 à 24 ans ont pourtant dû confronter cette réalité suite au diagnostic d’une infection à Chlamydia trachomatis, la vilaine bactérie causant l’ITSS nommée chlamydia. Ces individus ne représentent toutefois que la pointe de l’iceberg car 75% des personnes infectées l’ignorent. Si certains individus atteints ne présentent aucun symptôme, la bactérie, démasquée ou pas, se transmet tout aussi efficacement.

La chlamydia est l’ITSS la plus répandue auprès des jeunes de 15 à 24 ans, explique Nadia Campanelli, responsable du dossier des ITSS à la Direction de Santé Publique de Laval. La pensée magique voulant que ces mauvaises bactéries ne se retrouvent que dans le lit des autres cause bien des maux de tête aux professionnels de la santé. « On a observé une augmentation fulgurante du nombre de personnes infectées dans les cinq dernières années », ajoute Mme Campanelli. Malheureusement, l’amour est un piètre préservatif ! Si on peut faire confiance à notre bien-aimé, peut-on en dire autant des personnes qu’il a fréquentées au lit antérieurement ? La seule façon de le savoir est de passer des tests diagnostiques, et ce, avant d’éliminer le condom de la relation. Un échantillon d’urine suffit pour dépister la bactérie causant la chlamydia, mais pour les femmes, les médecins préfèrent généralement l’analyse des sécrétions prélevées à l’entrée du col de l’utérus, laquelle est plus précise.

Lorsqu’elle est détectée à temps, une infection à chlamydia peut être traitée par la doxycycline, un antibiotique capable de tuer les bactéries actuelles, mais ne protégeant pas contre d’éventuelles infections. Non traitée, l’infection peut entraîner la migration des bactéries jusqu’aux ganglions lymphatiques de la région de l’aine et causer une douleur chronique au bas ventre. Chez les femmes, les bactéries peuvent également être transportées par les spermatozoïdes jusqu’aux trompes utérines et causer l’infertilité. Les femmes risquent davantage d’être infectées que les hommes car le vagin, par sa grande surface et son humidité, favorise l’implantation de ces micro-organismes.

La gonorrhée est une autre ITSS causée par une bactérie et pouvant être traitée, mais elle est plus résistante aux antibiotiques que la chlamydia. Le virus du papillome humain (VPH), causant l’apparition de verrues et de certains cancers des parties génitales, peut être prévenu grâce à un vaccin, mais ce dernier ne peut être administré qu’aux femmes et n’immunise que contre certains types de VPH. Il existe des médicaments pour diminuer les symptômes des infections encore incurables par la médecine telles que le VPH, l’hépatite C, l’herpès génital et le virus d’immunodéficience humaine (VIH; virus causant le SIDA), mais les individus infectés le sont pour la vie. La bonne nouvelle est que contrairement au rhume, les ITSS ne se transmettent pas par la voie de l’air. La prévention et l’éducation demeurent donc des « vaccins » d’une grande efficacité !

Par Julie Potvin-Barakatt