Flairer le parfait amour

Article publié dans le L'Écho de Laval en février 2011.

Il y a de l’amour dans l’air. Cette célèbre phrase est plus tangible qu’on pourrait le penser. Inconsciemment, les humains relâchent et captent des molécules chimiques pour séduire et être séduits. À la veille de la Saint-Valentin et en cette année internationale de la chimie, examinons de plus près le contenu du philtre d’amour de Cupidon.

« Je me sens bien en sa présence. » « Elle embrasse bien ! » « Il ferait un bon père pour mes enfants. » Que ce soit pour une nuit ou pour la vie, de nombreux motifs peuvent expliquer le choix d’un partenaire plutôt qu’un autre. Or, « la sélection d’un partenaire amoureux serait un mécanisme qui échappe en partie à notre conscient », suggère Luc-Alain Giraldeau, vice-doyen à la recherche de la faculté des sciences à l’Université du Québec à Montréal. Influencé par des signaux que notre corps perçoit, notre cerveau prendrait des décisions pour lesquelles notre conscient trouverait après-coup des justifications logiques.

Ces signaux ayant tant d’influence sur notre vie amoureuse sont en fait des molécules chimiques au parfum quasi imperceptible. Excrétées dans différents fluides corporels et produites par certaines glandes sudoripares modifiées, ces molécules sont volatilisées dans l’air, captées ensuite par nos récepteurs chimiques (notre nez et notre bouche), puis vont exciter nos neurones olfactifs. Ces derniers sont directement connectés à une partie du cerveau qui gouverne les comportements et les souvenirs. « Chez plusieurs animaux, ces molécules odorantes, appelées phéromones, engendrent aussitôt des réponses comportementales chez les individus qui les captent », explique Giraldeau, spécialiste en écologie comportementale. Par exemple, la femelle du papillon Bombyx mori (ver à soie) produit une phéromone agissant comme signal d'attraction sexuelle qui fait accourir les mâles à dix kilomètres à la ronde !

Ces substances, sécrétées par un individu et engendrant une réaction chez un autre individu, existent également chez les humains. En présence d’odeurs corporelles masculines, les femmes se disent plus décontractées, plus sexuellement stimulées, et elles y sont plus sensibles en période d’ovulation, alors qu’elles sont fécondes. Les hommes, quant à eux, préfèrent l’arôme des femmes en période ovulatoire ou préovulatoire qu’à l’odeur des autres cycles menstruels où la femme n’est pas féconde. Également, chaque individu dégage son fumet spécifique et les humains seraient davantage attirés vers les individus au parfum significativement différent du leur, possiblement pour transmettre à leur descendance une vaste diversité génétique et un meilleur système immunitaire.

La communication olfactive chez les humains ne se résume pas qu’aux attirances entre les sexes. Les femmes qui allaitent dégagent des effluves qui interfèrent avec le cycle menstruel des autres femmes; une mère sait reconnaître à l’aveugle l’odeur de son poupon et inversement. Ce ne sont là que quelques exemples parmi une panoplie de découvertes qui font que ces molécules chimiques ne cessent de nous surprendre. En attendant l’invention du breuvage magique qui rend amoureux, peut-être apprendrons-nous à nous fier davantage à notre pif pour nous guider vers le parfait amour…

Par Julie Potvin-Barakatt