Les bioinsecticides contre les ravageurs

Les arbres ont enfin trouvé un allié pour lutter contre les insectes ravageurs.AgrandissementAgrandissement
© Claude Guertin - INRS-Institut Armand-Frappier

Article publié dans le Courrier Laval le 4 juin 2006.

Qui parmi vous pense que les biopesticides sont une invention de la fin du 20e siècle ?

Demandez donc à vos grands-parents comment protéger leurs cultures des pucerons. Ils vous répondront sans hésiter : « avec des coccinelles ! »

Existant depuis que l'homme cultive les plantes, les connaissances sur la lutte biologique se sont perdues avec l'utilisation de produits chimiques. Parce que ces produits ne sont pas sans incidence sur la santé humaine, on revient à des méthodes plus naturelles. Oiseaux, insectes, savons, tous ces produits biologiques s'avèrent profitables à ce combat !

« L'utilisation d'agents biologiques pour lutter contre des ravageurs est plus ancienne que ce que l'on pense » dit le Dr Guertin, chercheur à l'INRS-Institut Armand Frappier. Depuis 1992, lui et son équipe se sont spécialisés dans le développement de bioinsecticides, biopesticides dirigés contre les insectes ravageurs. Utiles pour éviter des épidémies d'insectes tels que les sauterelles ou les moustiques, réduire les risques liés au trop grand nombre d'oiseaux aux abords des aéroports, les bioinsecticides permettent de traiter les forêts naturelles ainsi que les milieux agricole et aquatique. L'épandage de micro-organismes, tels que les virus ou les bactéries comme Bacillus thuringiensis (Bt), rend l'insecte malade après ingestion des agents biologiques. Mais que faire pour atteindre des ravageurs qui ne se nourrissent plus, piquent directement dans les feuilles ou bien se cachent sous les écorces ? Le micro-champignon Beauveria bassiana permet de remédier à tous ces problèmes. Il se dépose sur la carapace de l'insecte et s'infiltre peu à peu dans l'organisme. Ce contact est mortel.

« L'automne pour nous est une belle période où l'on va faire des collectes sur le terrain », annonce le Dr Guertin. Les chercheurs, qui vont ramasser des insectes malades, identifient des micro-organismes responsables de ces infections. Ces pathogènes, présents en milieu naturel et ramenés au laboratoire, constituent ainsi une banque de bioinsecticides potentiels. Testés sous conditions contrôlées, on détermine leur spécificité. Avant d'entrer en guerre, il faut connaître son ennemi, le moment auquel il apparaît et son interaction avec la plante. Il convient aussi d'évaluer l'impact de facteurs externes sur le micro-organisme comme les nocifs UV ou les pluies lavant les dépôts. Les bioinsecticides sont versés dans l'environnement en plus grand nombre et entrent au combat contre les ravageurs.

Le développement de tels produits est long. Et même si la lutte biologique prend de l'importance, l'Amérique du Nord reste friande de l'utilisation de produits chimiques. La vieille Europe et son agriculture sont en avance sur nous !