Les bioprocédés à l'aide de l'industrie porcine

Le bioréacteur aérobie thermophile est développé par l’INRS-Institut Armand Frappier.AgrandissementAgrandissement
© Joanna Prime

Article publié dans le Courrier Laval le 29 mai 2007.

Avez-vous senti déjà cette odeur caractéristique nous annonçant qu'une porcherie est proche? Et bien rassurez-vous, les épandages sont interdits entre le 1er octobre et le 1er avril. Cependant, les 3 millions de porcs du Québec continuent de rejeter chacun 4 à 5 litres de lisier par jour. Que faire alors de ces 13,5 millions de litres, soit 7,5 bassins olympiques, d'excréments quotidiens malodorants? Certains chercheurs se sont intéressés au problème et voici une solution.

« Le lisier est transformé en partie solide, stable, sans mauvaises odeurs ni pathogènes et facilement valorisable » commente le Dr Pierre Juteau, chercheur à l'INRS-Institut Armand Frappier. Cette substance remplacerait ainsi les engrais inorganiques de synthèse utilisés par les maraîchers ou les horticulteurs, qui ne souhaitent actuellement pas utiliser du lisier. Le traitement consiste à récolter le lisier dans un réacteur contenant des microorganismes. « C'est un traitement aérobie thermophile, un peu comme un système de compostage, mais en phase liquide » explique le chercheur. Des bactéries, grâce à l'air, décomposent le lisier et génèrent une haute température (jusqu'à 70°C). Cette chaleur, maintenue par d'autres microorganismes, tue les pathogènes présents dans les excréments. L'azote, élément chimique présent dans le lisier en forte quantité, est concentré en sels d'ammonium dans le bioréacteur. Un séparateur de phase, placé à la sortie du bioréacteur, isole les solides des liquides. Le phosphore, élément chimique encore plus présent dans le lisier que l'azote, se retrouve majoritairement dans ces solides. Les produits formés, sans odeurs et sous formes solides et concentrées, deviennent de l'engrais inorganique facilement exportable.

Les producteurs porcins doivent exporter le surplus d'excréments hors de leur région. Une réglementation stipule que l'apport en phosphore des terres dépend du besoin de la culture qui y est pratiquée. L'azote et le phosphore, épandus sur le sol de manière excessive, lessivent les terrains et polluent les cours d'eau, les rendant impropres à la consommation ou à la baignade. Pour plusieurs producteurs, ces normes agricoles diminuent nettement les doses de lisier applicables au champ. Le surplus d'excréments lié à une forte activité de l'industrie porcine devient donc un problème majeur. « L'objectif principal est de valoriser de façon judicieuse les lisiers produits », nous dit François Boutin, adjoint au directeur général et directeur du service environnement à la Fédération des Producteurs de Porcs du Québec.

La technique de bioréacteur des scientifiques de l'INRS-Institut Armand Frappier est à l'étude, mais d'autres sont actuellement disponibles sur le marché. Toutes ont le même inconvénient : leur coût. Traiter le lisier de cette manière revient 5 fois plus cher au producteur qu'un simple épandage, sans traitement. Même si une aide est offerte par le ministère de l'agriculture du Québec, le principal frein à ces traitements est le prix.