Des bactéries friandes de pétrole

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© Richard Villemur, INRS-Institut Armand-Frappier

Article rédigé par Julie Potvin-Barakatt et publié dans La revue des Cercles des Jeunes Naturalistes, en juillet 2010.

Vingt jours après l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, le 20 avril dernier, on estimait à près de 10 millions de litres la quantité de pétrole s’étant accumulée dans le golfe du Mexique. Chaque jour depuis, c’est 800 000 litres supplémentaires qui s’ajoutent à la nappe huileuse. Ce désolant épisode rappelle le naufrage de l’Exxon Valdez qui, en 1989, avait provoqué le déversement de 42 millions de litres en Alaska. De telles catastrophes environnementales requièrent des actions rapides pour limiter les dommages du pétrole sur la flore et la faune habitant ces eaux. Pour éliminer ce sombre polluant du milieu, outre le déclenchement d’incendies contrôlés et l’épandage de dispersants chimiques, saviez-vous qu’il est possible de compter sur l’action de certaines bactéries ?

Les océans regorgent de bactéries qui jouent toutes un rôle différent dans le maintien de l’équilibre de ces écosystèmes. Certaines ont l’heureuse capacité de se nourrir de pétrole afin de le transformer en composés moins toxiques. Ces dernières sont présentes en proportions infimes, mais dès que leur plat favori abonde, elles se multiplient et deviennent rapidement très nombreuses à partager le ténébreux festin. On peut équilibrer leur menu en ajoutant du phosphore et de l’azote afin d’optimiser leur action nettoyante. Dès que le pétrole est consommé, la population de ces bactéries reprend ses concentrations initiales en devenant moins compétitive et à la merci de la prédation par d’autres organismes marins.

Comment ces championnes de la dégradation de l’or noir se retrouvent-elles dans les océans ? Notons qu’en plus des déversements accidentels de grande envergure, environ 1,5 milliard de litres de pétrole sont introduits annuellement dans les océans, délibérément ou par incidents. Réparti dans l’ensemble des océans, ce pétrole très dilué suffit pour assurer la présence des bactéries qui le consomment, mais en les maintenant constamment au régime.

Problème résolu ? Pas complètement. « En quelques semaines, entre 75 et 85 % du pétrole déversé dans le golfe du Mexique sera éliminé par évaporation et par les bactéries, mais le reste persistera dans les sédiments du fond marin et des marais pendant des années  », explique Émilien Pelletier, professeur en écotoxicologie marine à l’Institut des sciences de la mer à Rimouski (ISMER). Les bactéries affamées ne peuvent se gaver de pétrole que lorsque qu’il y a de l’oxygène, lequel est rare en ces lieux.

Pourrions-nous apporter du renfort à ces bactéries marines en accélérant le travail de dégradation avant que le pétrole ne coule au fond ? C’est sur quoi certains chercheurs planchent depuis quelques décennies. Ils cultivent en laboratoire ces mêmes bactéries mangeuses de pétrole dans le but de les ajouter aux marées noires. Jusqu’à présent, cette onéreuse stratégie ne s’est pas avérée efficace car les souches de bactéries élevées en laboratoire, plus fragiles, peinent à survivre en milieu naturel. Les recherches se poursuivent.

Des scientifiques à travers le monde continuent d’approfondir l’océan de la connaissance au sujet de ces bactéries capables de se nourrir de pétrole. Mieux nous les comprendrons, mieux nous pourrons mettre leur appétit à notre service. Leur gourmandise n’aura jamais été un péché aussi mignon !