Cellules souches : la lumière sur ce débat

Article publié dans le Courrier Laval le 27 septembre 2007.

Le mois dernier, le Congrès états-unien votait une loi en faveur de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, contrée le lendemain par le droit de véto du président G. W. Bush. Pendant ce temps, 50 milliards d'euros sont investis dans la recherche européenne sur les cellules souches adultes et embryonnaires. Dans ces temps où les débats sur les cellules souches sont nombreux, il n'est pas inutile de les redéfinir et rappeler leurs utilisations.

Si le clonage de la brebis Dolly a mis en évidence la recherche sur les cellules souches, il faut savoir que celle-ci a débuté bien avant. « On fait les greffes de peau chez les grands brûlés depuis 1985 au LOEx » déclare Lucie Germain, du Laboratoire d'Organogenèse Expérimentale, de l'Hôpital du Saint-Sacrement à Québec. Ces greffes proviennent de biopsies de peau prélevées chez un brûlé, à partir desquelles les cellules épidermiques contenant les cellules souches sont mises en culture et réimplantées sur ce patient. De même, la transplantation de cellules souches hématopoïétiques (capables de donner les différentes cellules sanguines) est pratiquée régulièrement après irradiation de patients traités contre des tumeurs. Ce sont des cellules souches postnatales. Il existe aussi des cellules souches embryonnaires : totipotentes, capables de recréer un être humain entier, ou pluripotentes, pouvant créer n'importe quel type de tissu de l'organisme. En fait, le terme cellule souche définit une cellule capable de se reproduire indéfiniment et de donner naissance à des cellules différenciées. Car notre corps est composé de cent mille milliards de cellules au même patrimoine génétique mais ces cellules, pour remplir au mieux des fonctions précises, doivent se spécialiser.

Les applications thérapeutiques liées à la recherche sur les cellules souches embryonnaires ne sont plus à démontrer. Imaginez que l'on puisse créer à volonté des organes ou des tissus. Ce sont les méthodes qui sont controversées, « la réduction de l'embryon humain à l'état de moyen » (déclaration du Cardinal Jean-Pierre Ricard, 29 juin dernier). En effet, à l'heure actuelle, les cellules souches embryonnaires utilisées proviennent des oeufs non utilisés de fécondations in vitro. Le problème du manque de donneur serait certes résolu, mais pas celui du rejet. « Les cellules souches embryonnaires n'expriment pas les antigènes du rejet (ou d'histocompatibilité) mais lorsqu'elles se différencient, elles se mettent à exprimer ces antigènes » précise Lucie Germain. « Nous pensons que les cellules idéales vont toujours être les cellules autologues », c'est-à-dire, des cellules de soi pour lesquelles il n'y a pas de rejet. À l'heure actuelle, le groupe de recherche travaille sur le tissu cornéen. « Présentement, on pourrait partir d'une petite biopsie et avoir assez de cellules pour recouvrir l'autre oeil ». Ces recherches sont préliminaires mais encourageantes. Comme la plupart des organes seraient dotés de cellules souches postnatales, il reste maintenant à définir leur potentiel. Ces recherches sont une bonne alternative à celles effectuées sur les cellules souches embryonnaires. D'autant plus qu'aucun effet secondaire n'a été détecté jusqu'à maintenant.