Mythes et vérités sur les OGM

Texte rédigé par Julie Potvin-Barakatt, le 19 octobre 2010.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM), aussi appelés organismes transgéniques (organismes auxquels on a ajouté, enlevé ou modifié un ou des gènes), sèment la controverse depuis qu’ils ont vu le jour, dans les années 1970. L’abondance des renseignements circulant à leur sujet a souvent pour résultat de noyer les faits dans une mer de sous-entendus et de demi-vérités, rendant la population perplexe à leur égard. Qu’on soit pour ou contre ces bactéries, plantes ou animaux issus des laboratoires, on se doit d’asseoir notre conviction sur des informations justes. Voici quelques mythes et vérités souvent entendus concernant ces organismes hautement technologiques.

Les OGM sont omniprésents dans nos épiceries.
Mythe. Les comptoirs des viandes, poissons et fruits de mer sont totalement exempts d’OGM. Il en est de même pour le rayon des fruits et légumes, à l’exception d’une papaye cultivée aux États-Unis dotée d’une résistance à un virus. Quelques autres fruits et légumes OGM (pomme de terre, tomate, courge) ont reçu l’approbation du Bureau de la biosécurité végétale (BBV) de l’Agence canadienne de l’inspection des aliments (ACIA) pour être commercialisés dans notre pays, mais aucun marché d’alimentation ne les a en inventaire pour le moment. Où se cachent-ils alors, les OGM ? La grande majorité trouve refuge sur les tablettes des produits transformés ! En effet, puisque 99% des plantes OGM cultivées dans le monde sont du canola, du soya, du maïs (pas le maïs sucré) et du coton, ces dernières se camouflent possiblement dans l’amidon ou la lécithine de soya composant votre biscuit préféré. Puisqu’aucun règlement n’en oblige l’étiquetage au Canada, on ne peut pas savoir si tel biscuit est fait d’amidon provenant de maïs OGM. Rassurez-vous toutefois car sous votre dent, il ne reste rien de réellement OGM. En effet, l’amidon, qu’il soit extrait de maïs transgénique ou pas, a la même composition.

Quand ce n’est pas "bio", c’est sûrement OGM.
Mythe. L’inverse est vrai toutefois : tous les aliments biologiques ne contiennent pas d’OGM, mais également, aucun pesticide chimique ou engrais chimique. Les aliments « bio » existent depuis bien avant l’invention des OGM. Si les aliments OGM ont été exclus de la définition « biologique » depuis leur arrivée sur le marché en 1995, c’est qu’on ne peut assurer hors de tout doute qu’ils n’ont pas d’impact sur la santé et l’environnement. Cette mise à l’écart est toutefois controversée. Certains défenseurs de la transgénèse considèrent cette technique comme étant une simple extension des méthodes d’hybridation traditionnelles. D’autres y voient une solution alternative aux engrais et pesticides chimiques. Il est vrai que certaines plantes OGM permettent de réduire l’utilisation de ces substances, mais dans les faits, la plupart des plantes OGM ont mené à l’augmentation des quantités d’herbicides dans l’environnement.

La plupart des OGM alimentaires sont destinés à rendre l’agriculture plus efficace.
Vérité. Pas moins de 98 % des OGM cultivés dans le monde ont emprunté à un autre vivant soit un gène de tolérance aux herbicides, soit un gène permettant de produire un insecticide, ou les deux. Le gène de tolérance à un herbicide permet aux plants de survivre à l’épandage de ce dernier, alors que les herbes indésirables sont éliminées. Le gène de production d’un insecticide confère aux plants une toxicité qui les protège des insectes ravageurs. C’est le gène d’une protéine toxique appartenant à la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) qui est utilisé. Il est facile de travailler avec ces caractéristiques qui impliquent chacune un gène unique. Les OGM ainsi formés sont dits « de première génération ». Plusieurs OGM « de seconde génération » sont présentement à l’essai dans des laboratoires ou dans des champs confinés. Les recherches visent à créer des plantes résistantes à la sécheresse, au froid, à la maladie, plus nutritives, plus savoureuses… toutes des caractéristiques mettant en œuvre plus d’un gène chacune. Ces nouvelles plantes transgéniques auront à franchir un processus d’évaluation très rigoureux avant d’apparaître sur les tablettes des supermarchés.

Les plantes OGM menacent de transférer aux bactéries des gènes de résistance aux antibiotiques.
Vérité. C’est une menace potentielle : bien que ce transfert n’ait encore jamais été observé dans l’environnement, il est déjà survenu en laboratoire dans des conditions très contrôlées. Chez la plupart des plantes, ce gène de résistance à un antibiotique a été emprunté d’une bactérie et fait partie du procédé de modification génétique. En effet, lorsqu’on transforme le génome d’un organisme végétal, on introduit dans ses cellules un gène de résistance à un antibiotique en même temps que le gène d’intérêt (ex : le gène de la protéine toxique du Bt). On cultive ensuite les cellules de la plante transformée en présence de l’antibiotique afin que seules les cellules ayant incorporé le gène de résistance croissent, ce qui sélectionne du même coup les cellules ayant incorporé le gène d’intérêt. Puisque les bactéries sont reconnues pour s’échanger des gènes, on craint que certaines parviennent à incorporer le gène de résistance à un antibiotique de la plante OGM. Pour enrayer définitivement ce risque, des chercheurs ont commencé à retirer des plantes ce gène marqueur de l’OGM après que la sélection des cellules ait été accomplie, ce gène n’étant, de toute façon, plus nécessaire à la plante. Cette préoccupation tend donc à disparaître.

Les plants OGM sont tous stériles.
Mythe. Au contraire, comme tous les végétaux normaux, les plants OGM approuvés sont aptes à se reproduire. Ceci constituerait d’ailleurs une menace pour la biodiversité. En effet, on craint que le pollen des plantes transgéniques, libre de voyager à l’extérieur de son champ de base, se croise avec la flore sauvage. Les nouveaux hybrides créés pourraient être plus compétitifs que leurs voisins et les dominer. Puisque les probabilités que de tels épisodes surviennent sont faibles, mais non nulles, on a voulu créer des semences non viables au-delà de la première génération. Ces semences-suicide feraient, de plus, le bonheur des semenciers qui n’auraient plus à recourir à des contrats interdisant les agriculteurs de conserver des graines à ensemencer d’année en année. Actuellement, un moratoire international suspend toute recherche visant à rendre les plants stériles car le sujet soulève des enjeux éthiques importants.

Le saumon de l’Atlantique OGM en voie d’être homologué aux États-Unis menace le saumon sauvage.
Mythe. Puisque 99% d’entre eux sont stériles et que les poissons sont élevés en pisciculture sur la terre ferme, on n’a pas à craindre que les saumons transgéniques aillent dominer leurs congénères sauvages. C’est du moins ce que soutient la compagnie AquaBounty Technologies qui sera peut-être la première à se frayer un chemin pour la vente d’animaux OGM dans nos supermarchés. Les saumons OGM, baptisés saumons AquAdvantage, atteignent la taille adulte deux fois plus rapidement que les autres saumons car on les a avantagés d’un gène produisant une hormone de croissance extraite du chinook, un saumon du Pacifique. La FDA américaine (U.S. Food and Drug Administration) soutient que le produit est sécuritaire pour la santé et l’environnement et s’apprête donc à l’autoriser à l’intérieur de ses frontières. Un comité d’experts indépendant des États-Unis et du Canada ne navigue pas dans les mêmes eaux et recommande à la FDA de procéder à davantage d’études avant de commercialiser le produit. Dans notre pays, Santé Canada devra procéder à ses propres évaluations scientifiques avant d’autoriser la commercialisation du saumon à croissance accélérée.

Les aliments OGM dissimulent des allergènes.
Mythe et vérité. Perdre le souffle pour avoir consommé non pas un aliment allergène, mais un fragment de ce dernier clandestinement caché dans un autre aliment. Quel scandale ce serait ! La fabrication d’aliments OGM n’est pas à l’abri de ces manifestations intruses. Rassurez-vous toutefois car pour chaque OGM commercialisé au pays, Santé Canada enquête minutieusement sur les risques d'intoxication et de réaction allergique. Par exemple, on a refusé la commercialisation d’une variété de soya OGM dans lequel se trouvaient des gènes de la noix de Brésil, même si cette dernière était vouée exclusivement à la consommation animale. Bref, y a-t-il des allergènes connus dans les OGM ? Tous ceux approuvés et commercialisés présentement ont montré patte blanche. À noter également que, selon des études, les OGM ne seraient pas en cause pour l’augmentation des allergies alimentaires observée depuis quelques années.

Les aliments OGM sont moins nutritifs.
Mythe. Les OGM sont soumis au principe d’équivalence en substance. Avant de les autoriser à prendre place sur les tablettes des supermarchés, les nouveaux aliments transgéniques sont rigoureusement analysés. On s’assure que leur contenu nutritif est équivalent à celui des aliments conventionnels et qu’ils sont sans danger pour l’humain et l’environnement. Au Canada et aux États-Unis, lorsque le contenu nutritif d’un aliment OGM est jugé équivalent à celui d’un aliment traditionnel, il est traité de la même manière que ce dernier et n’est pas soumis à un système de traçabilité en vue d’un étiquetage.

Les OGM, c’est aussi l’insuline et plusieurs vaccins et médicaments.
Vérité. Avant d’arriver dans nos assiettes, les OGM ont envahi l’industrie pharmaceutique. Depuis 1983, les Canadiens et Canadiennes diabétiques s’injectent de l’insuline fabriquée par des bactéries OGM. Comment fait-on ? On introduit le gène humain responsable de la production de l’insuline dans l’ADN des bactéries. Ce rapiècement d’ADN est réalisé grâce à des enzymes qui agissent comme des ciseaux et de la colle : ils coupent et rassemblent l’ADN à des endroits précis. Les bactéries modifiées deviennent alors des petites usines qui synthétisent abondamment l’hormone humaine, que l’on purifie ensuite. Le vaccin contre le virus de l’hépatite B est un autre exemple de produit d’OGM. Ce dernier est issu de levures OGM qui produisent les protéines de surface (antigènes) du virus servant à fabriquer le vaccin. D’autres molécules pharmaceutiques, telles que l’érythropoïétine (ou EPO, une hormone qui facilite le transport de l’oxygène dans le sang), sont quant à elles obtenues grâce à des cultures de cellules de hamster génétiquement modifiées.

Des souris OGM sont utilisées en laboratoire.
Vérité. Les souris ne sont pas les seules. Une multitude d’OGM naissent dans les laboratoires et ne servent qu’à la recherche fondamentale. Pour modifier génétiquement un animal, on a besoin des cellules souches d’un embryon. Ces dernières peuvent donner naissance à tous les types de cellules : adipeuses, cardiaques, sanguines, musculaires, etc. On modifie d’abord un gène d’une cellule souche, puis on introduit cette cellule dans un ovule auquel on a préalablement retiré l’ADN. Dans cet environnement, la cellule souche modifiée se développe en embryon, puis donne naissance à un animal entièrement transgénique. En recherche, les souris sont des cobayes de choix car elles sont petites et se reproduisent rapidement. Des souris dites « knock-out » permettent d’ailleurs de décoder le génome humain. On inflige des mutations spécifiques dans certains gènes, et le résultat informe sur la fonction du gène en question. On peut également modifier des gènes pour que les souris développent certaines maladies humaines (cancer, fibrose kystique, diabète…) et ainsi mieux comprendre le fonctionnement de ces maladies. Rassurez-vous, comme pour tous les animaux de laboratoire, l’utilisation de ces rongeurs transgéniques est soumise à des règles strictes de confinement et des normes sévères exigent de réduire au minimum la souffrance des souris ainsi que le nombre d’individus impliqués dans chaque étude.

L’appât du gain est la motivation première des humains à produire des OGM.
Vérité. Les profits sont la force motrice du développement des OGM, et ceci, à plusieurs niveaux. Les compagnies productrices d’OGM telles que Monsanto et Dow AgroSciences sont dans une course à la découverte de nouveaux gènes, au développement de nouvelles plantes transgéniques et au développement de nouvelles méthodes et outils, afin de se doter de volumineux portefeuilles de brevets. Ce marché lucratif, les agriculteurs d’OGM en sont à la fois victimes et complices. En effet, l’achat de semences OGM est plus dispendieux que l’achat de semences traditionnelles, et doit être répété chaque année puisque des brevets protègent les fabricants en interdisant la réutilisation des semences d’année en année. Néanmoins, lorsque bien géré, cet achat permet de jouir d’un meilleur rendement en plus de faciliter et réduire les travaux agricoles.

Prometteurs, les OGM ?
Vérité. Ce secteur des biotechnologies est en pleine explosion et pourrait, dans les prochaines années, offrir des aliments plus nutritifs, synthétiser des nouveaux médicaments, diminuer la pollution, produire des plastiques ou même générer de l’énergie, à condition que l’opinion publique lui ouvre la porte et surtout, que les OGM ne soient plus sous le contrôle exclusif de quelques compagnies seulement. Par exemple, à l’université de Guelph en Ontario, une dizaine de porcs écolos sont présentement à l’étude. Baptisés « Enviropig », ces porcs sont modifiés génétiquement pour produire, dans leur salive, une enzyme qui digère le phosphore contenu dans leur nourriture. Leurs déjections contiennent jusqu’à 70 % moins de phosphore que les porcs conventionnels, réduisant ainsi les répercussions environnementales de leur élevage. On ne peut prédire quand ce porc se trouvera dans le rayon de la viande à l’épicerie puisqu’il lui reste encore plusieurs longues étapes à franchir avant de pouvoir être commercialisé.