Démasquer les criminels grâce à l’ADN

Article publié dans le L'Écho de Laval en août 2011.

Racines de cheveux, cellules de peau et gouttes de sang ont ceci en commun : de l’ADN (acide désoxyribonucléique). Lorsque ces traces sont laissées sur les lieux d’un crime, c’est comme si l’auteur y avait laissé sa carte d’identité… ou presque. Voici comment l’ADN peut nous aider à démasquer les criminels.

Un même code pour tout ce qui vit

Tous les vivants possèdent le même code génétique, composé de quatre bases abrégées par les lettres A, T, G et C. Ce qui distingue la violette africaine de la grenouille léopard, c’est la séquence de ces quatre bases constituant leur ADN. La séquence de ces bases varie également chez les individus d’une même espèce, mais plus légèrement.

Des ensembles de microsatellites uniques

L’ADN de tous les humains est identique à 99,8 %. Les 0,2 % restants comportent des sections très variables où la séquence des bases A, T, G et C diffère chez tous les individus. Dans ces portions variables de l’ADN, on retrouve des répétitions successives des mêmes bases, qu’on appelle microsatellites. Par exemple, l’ADN d’un individu pourrait, à un lieu, répéter les bases « TTA » à 6 reprises, formant le microsatellite (TTA)6 : TTATTATTATTATTATTA. En un autre lieu, il pourrait répéter les bases CTGG à 29 reprises, formant le microsatellite (CTGG)29. C’est la détection de la longueur de 13 microsatellites à des emplacements connus qui permet d’établir les empreintes génétiques uniques de chaque individu, comme le sont les empreintes digitales. Ces 13 microsatellites présentent chacun entre 8 et 31 variations, et ce, dans chaque paire de chromosomes (la moitié de la paire provenant de la génitrice, et l’autre, du géniteur). Seuls les jumeaux identiques ont la même empreinte génétique, car ils ont le même ADN.

Extraire, copier et séparer

Afin d’analyser l’empreinte génétique d’un échantillon récolté sur les lieux d’un crime, il est nécessaire d’en extraire l’ADN. Confinée dans le noyau des cellules, c’est en broyant ces derniers qu’on parvient à libérer la précieuse molécule, qui est ensuite purifiée, puis amplifiée. L’amplification permet de faire des copies des sections d’ADN contenant les microsatellites avant de les séparer en fonction de leur longueur sur un gel d’agarose. C’est une fois les 26 éléments d’identifications (13 microsatellites pour chaque paire de chromosomes) séparés sur le gel d’agarose qu’on visualise l’empreinte génétique, unique à chaque individu.

Une banque peu commune

La Banque nationale de données génétiques rassemble les empreintes génétiques des individus ayant déjà été condamnés pour certains types d'infractions désignées au Code criminel au Canada. Grâce à cette Banque ayant vu le jour en 2000, on peut comparer l'empreinte génétique contenue dans des échantillons recueillis sur les lieux d'un crime à celle des individus ayant déjà été condamnés pour un autre crime. Depuis 11 ans, plus de 19 000 enquêtes ont pu être aidées par cette Banque qui rassemble plus de 292 000 profils génétiques (225 000 profils génétiques correspondant à des individus condamnés et 67 000 profils correspondant à des enquêtes non résolues à ce jour). Si l’auteur d’un crime n’est pas répertorié dans cette liste, on doit trouver des suspects. Depuis 1995, des mandats relatifs aux analyses génétiques permettent d’obliger les individus soupçonnés d’avoir commis un crime qui a laissé des traces biologiques à fournir un échantillon de leur ADN. Seule l’empreinte des personnes condamnées sera ensuite conservée dans la Banque, celle des personnes acquittées sera donc effacée.

Utiles, les techniques d’identification des individus par les empreintes génétiques, et pas seulement pour résoudre des crimes! On a également recours à ces techniques pour identifier des restes humains, pour faire des tests de paternité et pour organiser le don d’organe.

Par Julie Potvin-Barakatt