Hésitation à la vaccination : un phénomène social

Hésitation à la vaccination : un phénomène social

Il y a 200 ans, on croyait que des cornes de vaches pousseraient suite à l’immunisation contre la variole. Aujourd’hui, malgré le fait que le lien entre autisme et vaccin contre la rougeole ait été démenti de nombreuses fois, certains refusent tout de même la vaccination pour cette raison. Eve Dubé, spécialiste de la vaccination à l’Institut national de santé publique du Québec, a démystifié les mythes et croyances au sujet des vaccins lors de la conférence organisée par le Musée Armand-Frappier le 13 octobre dernier.

« On pourrait penser que des gens bien informés sont des gens bien vaccinés… C'est pourtant souvent des mères éduquées et renseignées, voulant contrôler la santé de leur enfant qui, paradoxalement, refusent les vaccins. Elles prétendent qu’une bonne hygiène de vie, une alimentation saine et des produits naturels sont suffisants pour rester en santé », explique l’anthropologue.

Les vaccins, victimes de leur succès

Selon ses recherches sur le phénomène d’hésitation à la vaccination, une partie du problème vient du fait que les vaccins fonctionnent si bien que les maladies pour lesquelles on se fait vacciner sont devenues très rares. Croyant être à l’abri, on remet alors en doute l’intérêt de s’en protéger. Les gens oublient que ces maladies sont justement tenues en respect grâce à une bonne couverture vaccinale. Par exemple, la rougeole ne peut être maîtrisée que lorsque 95 % de la population est immunisée.

Un autre obstacle soulevé par les recherches de Mme Dubé est la façon d’aborder la vaccination par les professionnels de la santé : « Certains ne passent pas assez de temps à écouter les craintes et les questionnements du patient, ni à les informer comme il se doit. » Le plus inquiétant, selon elle, est que certains d’entre eux sont aussi réticents à la vaccination. Heureusement, la majorité de la population reçoit tous les vaccins recommandés, bien qu’une part soit hésitante. Seulement 2 % les refusent totalement.

À l’ère des médias sociaux et d’Internet, l’accessibilité à l’information fait en sorte qu’il est plus facile de s’informer et de prétendre devenir expert. De plus, être exposé à plusieurs anecdotes négatives au sujet des vaccins donne l’impression que ce sont des phénomènes fréquents. Personne ne raconte d’anecdotes au sujet d’un vaccin efficace. Pourtant, l’OMS estime que la vaccination évite le décès de 2 à 3 millions de personnes par année.

Par Katerine Tremblay, B.Sc., D.E.S.S. en journalisme
Octobre 2015