Travailler avec le virus Ebola

Travailler avec le virus Ebola

Plusieurs fois par semaine, Gary P. Kobinger enfile son scaphandre avant d’entrer là où sont gardés certains des pathogènes les plus mortels de la planète : le seul laboratoire de confinement 4 du Canada. C’est au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg que le chef de la recherche sur les pathogènes spéciaux et son équipe ont mis au point un vaccin contre Ebola, très prometteur selon les essais cliniques.

Il est composé d’un virus ne causant pas de maladie chez l’humain, modifié génétiquement pour ressembler au virus causant une fièvre hémorragique. Ainsi, lorsque le système immunitaire fabrique des défenses contre ce virus non pathogène, il produit aussi des anticorps contre le virus Ebola. De cette façon, en cas de rencontre avec le vrai virus, les anticorps s’y attacheront et l’empêcheront de se lier aux cellules du corps, empêchant sa multiplication et donnant un coup de pouce aux autres soldats du système immunitaire.

L’urgence de la situation en Afrique a permis d’accélérer la conception du vaccin. « Lors du développement d’un vaccin préventif, nous le testons sur des gens en bonne santé, il est donc très important qu’ils le restent. Dans le cas d’Ebola, le vaccin était leur seul espoir, donc les effets secondaires (fièvre et douleurs musculaires) sont minimes par rapport aux risques de la maladie. Tout est une question de risques versus bénéfices. » « La mise au point d’un vaccin est très longue. Nous travaillons depuis 13 ans à l’élaboration d’un vaccin contre l’Ebola, mais en un an, mon équipe et moi avons accompli le travail de 5 à 10 ans en temps normal », dit Gary P. Kobinger avec fierté. Le chercheur croit tout de même que l’on pourrait améliorer encore la vitesse de réponse en temps de crise.

Lors de la conférence organisée par le Musée Armand-Frappier, le 27 octobre, Dr Kobinger a raconté sa collaboration avec les médecins en Afrique. « Sur le terrain, j’ai travaillé avec de vrais héros : le personnel médical sur place qui risque leur vie chaque jour pour peu ou pas de reconnaissance. Le vaccin n’est pas suffisant pour contrôler l’épidémie, c’est le travail de tous les gens qui désinfectent les lieux, traitent les déchets contaminés et qui éduquent la population aux mesures d’hygiènes qui ont contribué à la diminution du nombre de cas. » Les laboratoires mobiles installés en Afrique par l’équipe de Dr Kobinger permettent l’analyse rapide des échantillons biologiques. Après seulement trois heures, les patients sont diagnostiqués et peuvent recevoir des traitements si nécessaire.

En collaboration avec une équipe aux États-Unis, ils ont aussi mis au point le Zmapp, un traitement très efficace contre Ebola. Le remède fonctionne de la même façon que le vaccin, mais au lieu d’attendre que le corps fabrique ses armes, on injecte directement des anticorps au patient.

L’équipe de Gary P. Kobinger continue de travailler sur différents projets de grande envergure, entre autres, la création d’un vaccin universel contre l’influenza.

Par Katerine Tremblay, B.Sc., D.E.S.S. en journalisme
Octobre 2015