La vaccination vue de l'intérieur

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© Marc Couture

Article rédigé par Julie Potvin-Barakatt, le 16 février 2010.

Ça y est ! La saison de la grippe bat son plein ! Comme à chaque année, un vaccin est disponible pour immuniser la population à risque contre la grippe saisonnière. Cette année, un vaccin contre la grippe pandémique était également conseillé pour tout le monde. Si vous avez reçu l’un ou l’autre de ces vaccins, ou même les deux, vous savez qu’on vous a injecté des morceaux de virus dans le muscle. On vous a informé que dix jours étaient nécessaires pour que votre corps soit apte à vous défendre contre cet envahisseur. Au-delà de ce synopsis, vous a-t-on déjà raconté les détails et l’ingéniosité de fine pointe de votre armée immunitaire ?

Tout près de chez vous, une Lavalloise a une grande passion : les virus ! Ces petits organismes redoutés, elle les étudie et les manipule sans scrupule, cherchant à comprendre comment ils interagissent avec nous. Son but ? Découvrir de nouveaux dispositifs de défense plus efficaces contre les virus. Elle se nomme Veronika von Messling, elle est professeure-chercheuse en maladies infectieuses à l’INRS-Institut Armand-Frappier, et elle a gentiment accepté de nous faire voyager dans les coulisses de notre système de défense contre ces attaquants microscopiques.

« Imaginez que votre corps est un pays. Votre système immunitaire serait alors votre force militaire », explique la jeune chercheuse. Tout va bien dans le corps, mais soudainement, une attaque est décelée dans le muscle de votre bras gauche. Aïe ! C’est le vaccin qui vient d’être injecté. Policiers et enquêteurs (des cellules immunitaires aussi appelées « globules blancs ») interviennent sur les lieux dans les premières heures qui suivent cette invasion. Ils y constatent la présence d’un ennemi non fiché par le corps : les morceaux d’un nouveau virus ! Pourquoi des morceaux ? Au Canada, pour s’assurer que le vaccin ne nous donne pas la maladie, on désactive le virus et on le broie en mille pièces.

Cet inconnu doit absolument nous révéler son identité afin que nous produisions des armes efficaces contre lui. Policiers et enquêteurs ne peuvent accomplir ce travail. Ils escortent donc ce nouvel opposant jusqu’aux usines de réponse immunitaire : la rate et les ganglions lymphatiques. Tels des laboratoires remplis de psychologues et d’ingénieurs militaires, ces organes sont habités par des cellules immunitaires qui n’attendent que l’arrivée de rivaux inconnus pour décortiquer leur personnalité et produire des anticorps spécifiques à ces derniers.

« Le virus de la grippe est un opposant formidable », s’exclame la professeure von Messling car, raconte-t-elle, vingt-quatre heures suffisent pour qu’il se multiplie au point de rendre un individu malade. En recherche, cette caractéristique appréciable permet d’obtenir rapidement des résultats suite aux essais de nouveaux vaccins et autres stratégies de modulation de la réponse immunitaire. C’est toutefois ce qui explique le délai de dix jours entre l’instant de la vaccination et le moment où notre sang soit une zone bien militarisée. En effet, on estime que ce délai est nécessaire pour que nos cellules immunitaires aient libéré suffisamment d’anticorps dans le sang afin de neutraliser le vrai virus de la grippe dès son entrée dans notre corps et ainsi nous épargner des symptômes de la maladie. Après immunisation, les anticorps continuent à circuler sans arrêt dans notre sang.

Le système immunitaire humain est une merveille très complexe parfois durement mise à l’épreuve par certains micro-organismes. Heureusement, plusieurs laboratoires à travers le monde grouillent de scientifiques qui, comme Professeure von Messling et son équipe, consacrent leur carrière à mieux le comprendre et à développer de nouveaux types de vaccins, de nouveaux stimulateurs du système immunitaire et de nouveaux antiviraux. Leurs recherches d’aujourd’hui contribueront au progrès de la santé humaine de demain.