Une nouvelle génération d’antibiotiques à la rescousse !

Article publié dans le L'Écho de Laval en juillet 2011.

Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke ont trouvé une nouvelle classe d’antibiotiques qui pourrait ébranler les bactéries multirésistantes aux antibiotiques classiques.

Cette découverte leur a valu le prix « Découverte de l’année 2010 » décerné par le magazine Québec Science. La dernière fois qu’une nouvelle classe d’antibiotiques a été approuvée pour utilisation chez l’humain, c’était en 1985.

L’ingéniosité de ces nouveaux antibiotiques réside dans leur cible. Les chercheurs Daniel Lafontaine et François Malouin, ainsi que le post-doctorant Jérôme Mulhbacher, ont mis en commun leurs expertises pour recruter un imposteur nommé PC1 : une molécule synthétique qui empêche sournoisement les bactéries de fabriquer un composé essentiel à leur vie.

Imaginez que, dans une pâtisserie, on remplace discrètement le contenu du pot de poudre à pâte par de la poussière de craie blanche. Pour faire ses gâteaux, le pâtissier mélangera tous les ingrédients, mais ses gâteaux ne lèveront jamais, car il leur manque la poudre à pâte. Dans une bactérie, le pâtissier prend l’allure d’une portion d’ARN messager qu’on nomme « riborégulateur ». Tout comme le pâtissier, le riborégulateur pense disposer de tous les « ingrédients » pour fabriquer un composé essentiel à la vie des bactéries. Toutefois, lorsque vient le temps d’assembler les ingrédients pour concevoir ce composé, il y a une erreur, car un des ingrédients a été remplacé par la molécule PC1. Le composé n’est donc jamais produit et la bactérie meurt.

Est-ce que les bactéries parviendront à développer une résistance contre ce nouvel antibiotique? Sûrement, mais ça ne sera pas chose facile. «Pour Clostridium difficile ou encore Staphylococcus aureus (SARM), même après 30 générations de bactéries exposées à la molécule PC1, nous ne détectons aucune résistance, alors qu’habituellement, [avec un antibiotique classique], il suffit de cinq ou six passages», explique Daniel Lafontaine. Les chercheurs croient que la portion d’ADN en cause est si cruciale à la survie des bactéries que la moindre mutation dans cette dernière mènerait à la mort.

Même si l’antibiotique a fait ses preuves in vitro et in vivo, nous ne sommes pas à veille de voir apparaître des comprimés de PC1 dans nos pharmacies. Les chercheurs ont encore des mises au point à effectuer pour améliorer le médicament et ce dernier devra être soumis à de longs essais cliniques avant d’être commercialisé. Ces étapes essentielles sont loin de décourager les chercheurs sherbrookois, fiers d’avoir défriché la voie vers les antibiotiques de l’avenir.

Par Julie Potvin-Barakatt