Irradiation des aliments : où en est le Canada?

Seriez-vous intéressé à épicer vos cappuccinos, brioches et Bloody Caesar, sachant qu’un gramme d’épices peut contenir plus de 1 million de bactéries et de pathogènes latents? Heureusement, les épices commercialisées au Canada sont soit fumigées ou irradiées, donc dépourvues de ces intrus indésirables.

Monique Lacroix, professeure titulaire au Centre INRS-Institut Armand-Frappier et chercheure au Centre d’Irradiation du Canada, se désole toutefois de constater que l’irradiation des aliments ne soit restreinte qu’à quelques aliments d’exception au pays (épices, oignons et pommes de terre) alors qu’elle est acceptée pour de nombreux aliments dans plus de 45 pays dont les États-Unis. « Les aliments irradiés sont exposés pendant quelques secondes à un rayonnement électromagnétique émis par une substance radioactive, le cobalt-60, dans le but de prolonger leur fraîcheur, de détruire les bactéries nuisibles, les insectes et les parasites », explique-t-elle. À deux reprises, Santé Canada a proposé au gouvernement Canadien d’ajouter à la liste actuelle l’irradiation des mangues, des crevettes, du poulet et de la viande, mais sans succès. Plusieurs personnes croient, à tort, que l’irradiation rend les aliments radioactifs, or, l’innocuité du procédé est démontrée par plusieurs recherches et endossée par de nombreuses organisations de santé à travers le monde, dont l’Organisation mondiale de la santé.

Les aliments qui causent les plus grands défis de conservation sont les viandes et les poissons frais car leur durée de vie est de 3 jours maximum. L’irradiation de ces derniers permet de doubler leur temps de conservation tout en garantissant l’absence de bactéries pathogènes. Dans un contexte où plus d’un milliard de dollars sont dépensés dans le traitement d’infections alimentaires chaque année au pays, la prévention de ces maladies par l’irradiation des viandes serait simple et économique. Elle permettrait de plus de réduire les pertes alimentaires qui peuvent atteindre 50% dans le cas des produits frais. La situation canadienne semble d’autant plus ironique lorsqu’on apprend que l’équipe de recherche de Mme Lacroix a développé, à Laval, une nouvelle façon de traiter les viandes par l’irradiation combinée à l’enrobage dans des huiles essentielles d’épices : une méthode qui permet de diminuer le temps d’irradiation d’un facteur de 10 pour des résultats bactéricides similaires. Pour l’instant, cette technologie de pointe ne peut être commercialisée qu’à l’étranger.

Au laboratoire de Monique Lacroix, la situation aura créé une opportunité de développer de nouvelles méthodes de conservation des aliments qui utilisent des combinaisons d’ingrédients dont la commercialisation est déjà permise au pays. Néanmoins, en tant que grande amatrice de fruits, Monique Lacroix serait ravie de pouvoir déguster à Laval des fruits exotiques ayant mûri sur l’arbre et bien conservés grâce à l’irradiation.

Par Julie Potvin-Barakatt, M.Sc.