Agents cancérigènes dans notre environnement

Qu’ont en commun les pesticides du club de golf près de chez nous, les agents plastifiants de ma bouteille d’eau et les retardateurs de flammes intégrés aux jouets de mes enfants? Ils ont tous le potentiel de causer le cancer. L’OMS a répertorié 107 agents, mélanges de substances et situations d’exposition comme étant cancérigènes pour les humains. Suivons les traces de ces agents subtilement meurtriers.

Trois voies d’exposition

Les composés cancérigènes peuvent entrer dans le corps par trois voies différentes : digestive (ex. : ingestion d’additifs de plastification lorsque nous mangeons un repas dans un contenant de plastique chauffé au four à micro-ondes), respiratoire (ex. : inhalation de composés plastifiants lorsque nous respirons l’air d’une voiture qui a été chauffée au soleil) ou cutanée (ex. : contact avec les mains lors de l’utilisation de certains produits de nettoyage sans gants). Dès leur entrée, le corps tente de les éliminer, mais certains produits sont plutôt transformés en métabolites plus toxiques.

Deux effets cancérigènes

Ces agents peuvent générer des cancers de deux façons, explique Isabelle Plante, professeur-chercheur au Centre INRS-Institut Armand-Frappier. Certains, appelés agents cancérigènes mutagéniques, induisent des mutations à l’ADN, ce qui peut mener au cancer si la mutation survient dans des gènes très importants tels ceux impliqués dans la régulation de la multiplication, de l’apoptose, de la réparation de l’ADN, etc. D’autres, nommés agents cancérigènes épigénétiques, ne font pas de mutations directement à l’ADN, mais créent un microenvironnement favorable au développement des tumeurs. « Des mutations, chaque personne en a tous les jours, ajoute Isabelle Plante. Celles-ci sont généralement auto-réparées, mais il peut arriver que le système de réparation échoue et que les cellules survivent. Ces cellules précancéreuses sont inoffensives, sauf si des conditions ou substances favorisent leur prolifération. »

Une grande question

Pourquoi les agents identifiés cancérigènes demeurent disponibles sur le marché? « Dans notre pays, certaines de ces substances sont proscrites pour la majorité des utilisations domestiques », nous répond la professeur en toxicologie de l’environnement. On n’a qu’à penser au pesticide DDT, désormais restreint à quelques usages commerciaux tels que les terrains de golf, ou à l’additif de plastification BPA, banni des biberons. « De nombreuses autres substances sont assujetties à des réglementations concernant les niveaux d’exposition humaine. » ajoute la chercheuse.

Les individus vulnérables, comme les enfants et les travailleurs exposés à des taux plus hauts par leur travail, sont-ils pleinement protégés par ces règlements? Et que dire du risque associé à l’exposition combinée de ces substances? Pour hausser la sécurité de la population, les toxicologues comme Isabelle Plante, aidés des épidémiologistes, tentent de répondre à ces questions.

Par Julie Potvin-Barakatt, M.Sc.