Soins de santé personnalisés : logiques, économiques et éthiques ?

Soins de santé personnalisés : logiques, économiques et éthiques ?

Saviez-vous qu’au Québec seulement, plusieurs millions de dollars sont dépensés annuellement en prescriptions inutiles? Les soins de santé personnalisés (SSP) promettent d’abaisser cette facture en utilisant des informations telles que la génétique des patients pour déterminer le traitement le plus adapté à chacun. Découvrons les possibilités et les limites de cette nouvelle approche « sur mesure ».

Le bon traitement à la bonne personne

Actuellement, l’efficacité des traitements, toutes maladies confondues, se situe entre 30 % et 50 %. Ceci s’explique par le fait que les patients ne répondent pas tous de la même façon aux médicaments et que certains sont inefficaces, parfois même nuisibles, pour une portion de la population. Plutôt que d’utiliser la méthode essais-erreurs pour prescrire un médicament, les SSP pourraient aider les médecins à identifier, dès le début, le traitement optimal pour chaque patient, en consultant les gènes de ce dernier.

Un diagnostic avant d’être malade

En plus de prédire si un traitement conviendra à un patient, les SSP permettraient de révéler aux individus leur prédisposition génétique pour certaines maladies. Tumeurs, infections ou dysfonctionnements, si vous possédez des variantes mutées de certains gènes identifiés, vous pourriez savoir à l’avance que vous êtes « à risque » de développer certaines maladies. Les promoteurs des SSP supposent que cette connaissance permettra aux individus de modifier leurs habitudes de vie et aux équipes de soins d’intervenir stratégiquement afin d’éviter ou de réduire les risques de développer ces maladies.

Réelle rentabilité?

Les gains financiers espérés des SSP semblent incertains pour l’instant. On craint que la baisse des dépenses reliées aux prescriptions inutiles soit associée à une hausse des coûts des médicaments dits « sur mesure », ou aux dépenses supplémentaires générées par les analyses génétiques préventives.

Risques et questionnements éthiques

Sera-t-il possible de garantir la confidentialité de l’information génétique des patients qui auront eu recours aux SSP? L’information dévoilée devra-t-elle être révélée aux assureurs, aux employeurs et aux membres de la famille de l’individu? La connaissance de sa prédisposition à développer certaines maladies menacera-t-elle le bien-être psychologique et moral de l’individu? Les compagnies pharmaceutiques choisiront-elles de ne pas mettre au point des médicaments adaptés pour certains groupes d’individus ne présentant pas un marché suffisamment rentable?

Pendant que la technologie est sur le point de permettre de décoder, pour moins de 1000$, le génome entier d’un individu en 24 heures, il est primordial de baliser clairement l’utilisation de cette nouvelle approche afin d’en retirer les bénéfices correspondant aux valeurs des Québécois. La commission de l'éthique en sciences et technologie du Québec s’est penchée sur la question et propose un document de consultation pour nous aider à se faire une opinion sur le sujet.

Par Julie Potvin-Barakatt, M.Sc.